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Que faire des stolons de fraisiers : couper ou marcotter

Couper, marcotter ou laisser filer les stolons de fraisiers : le bon geste selon la saison, la méthode du godet enterré et le vrai risque sanitaire.

La rédaction ma-fraise.fr 9 min de lecture
Que faire des stolons de fraisiers : couper ou marcotter

Un stolon de fraisier a trois destins possibles : la coupe, le marcottage ou l’abandon. Le bon choix dépend d’une seule question, celle de la récolte que vous visez cette année. Pendant la fructification, coupez. Après la récolte, gardez un ou deux stolons sur vos plus beaux pieds et enracinez-les en godet.

Un stolon n’est pas un gourmand

Beaucoup de jardiniers appellent « gourmand » cette longue tige qui rampe hors de la touffe. Le mot est trompeur. Un gourmand, chez un arbre fruitier ou une tomate, est un rameau vigoureux qui pousse à la verticale et vole la sève. Le stolon, lui, court à l’horizontale, au ras du sol, et remplit une fonction précise : la conquête de terrain.

Le fraisier ne se déplace pas, alors il envoie des clones à sa place. Chaque stolon de fraisier est une tige aérienne qui porte, à intervalles réguliers, de petites rosettes de feuilles appelées plantules. Posée sur une terre humide, une plantule émet des racines en quelques jours et devient un plant autonome, génétiquement identique au pied d’origine.

Retenez le schéma, il commande tous les gestes qui suivent : le pied-mère au départ, le stolon comme cordon nourricier, puis une première plantule, une deuxième, parfois une troisième en chapelet. Plus la plantule est éloignée du pied-mère, moins elle reçoit de réserves, et plus elle sera chétive.

Ce mécanisme distingue le fraisier de la plupart des légumes du potager. Vous ne semez pas un fraisier pour le reproduire fidèlement : les graines d’un hybride comme Fragaria × ananassa ne redonnent pas la variété d’origine. Le stolon, lui, en fait une copie parfaite. C’est pour cette raison que la filière entière repose sur la multiplication végétative, du plant amateur au plant professionnel.

Fruits ou plants : l’arbitrage que le fraisier vous impose

Un fraisier dispose d’un stock limité de sucres et de réserves. Il les répartit entre trois postes : ses feuilles, ses fruits, ses stolons. Quand la plante lance un stolon de trente centimètres et l’enracine à l’autre bout, cette énergie sort du circuit du fruit. Le résultat se voit dans le panier, avec des fraises plus petites et moins nombreuses.

D’où la règle que suivent les producteurs comme les jardiniers expérimentés : pendant la floraison et la récolte, couper les stolons au fur et à mesure de leur apparition. Ce geste vaut aussi pour une jeune plantation d’automne, qui doit d’abord bâtir sa couronne et son système racinaire avant de songer à se reproduire.

Le raisonnement inverse tient tout autant. Si votre objectif de l’année est d’agrandir la fraiseraie, sacrifiez la récolte : supprimez les fleurs sur deux ou trois pieds choisis, et laissez-les filer. Ces pieds deviendront des pieds-mères dédiés, et leurs plantules seront nettement plus vigoureuses que celles d’un plant qui aura fructifié en même temps.

Main gantée de jardinier sectionnant un stolon de fraisier au sécateur au ras de la touffe

Concrètement, la coupe se pratique au sécateur ou aux ciseaux, jamais à la main : une traction arrache le collet et blesse la couronne. Sectionnez au ras de la touffe, sans laisser de moignon qui pourrirait, et sortez les déchets de la planche.

Le cas particulier des variétés remontantes

Toutes les variétés ne stolonnent pas au même rythme. Les non remontantes, qui concentrent leur production sur une courte fenêtre de printemps, émettent généralement beaucoup de stolons une fois la récolte passée. Les remontantes, elles, consacrent leur énergie à fructifier de juin aux gelées et en produisent nettement moins.

Cette différence change votre stratégie. Sur une non remontante comme la Clery, dont le profil est détaillé ici, les stolons abondent en été et vous n’aurez que l’embarras du choix. Sur une remontante, les rares stolons émis sont précieux, mais les couper reste souvent le bon calcul : ils rognent directement sur une récolte qui s’étale encore sur des mois.

Quand couper, quand laisser filer

La question du calendrier revient sans cesse, et la réponse tient en trois fenêtres.

  • Du printemps à la fin de la récolte : coupez tout, sans exception. Le fraisier doit rester concentré sur ses fruits.
  • Après la récolte, de juin à septembre selon les variétés et les régions : conservez un à deux stolons sur les pieds les plus vigoureux, coupez les autres.
  • À l’automne, avant l’hiver : coupez les stolons tardifs qui n’auront pas le temps de s’enraciner et qui affaibliraient le plant à l’entrée de la mauvaise saison.

Sur une plantation de première année, la consigne est unique : coupez systématiquement, toute la saison. Un pied qui n’a pas encore constitué sa touffe ne doit rien dépenser ailleurs.

Un dernier repère, utile quand les stolons partent dans tous les sens : ne gardez jamais plus de deux stolons par pied-mère. Au-delà, la plante s’épuise et vous obtenez une série de plantules médiocres au lieu de deux plants solides. Ce rythme s’articule avec les autres gestes de l’année, détaillés dans notre calendrier annuel du fraisier.

Marcotter en godet, la méthode qui donne les plants les plus solides

Laisser une plantule s’enraciner directement dans la terre du rang fonctionne, mais le déterrage casse ensuite une partie des racines. Le godet enterré supprime ce traumatisme : la plantule s’enracine dans un volume de terreau que vous soulevez intact le jour du sevrage.

Le geste, étape par étape

  1. Repérez le premier plantule, celui qui pousse le plus près du pied-mère. C’est lui qui reçoit le plus de réserves, et il donnera le plant le plus vigoureux. Les suivants, plus loin sur le chapelet, restent chétifs.
  2. Enterrez un godet de huit à dix centimètres, rempli d’un mélange de terreau et de terre de jardin, juste sous la plantule.
  3. Posez la rosette au contact du substrat, en veillant à ce que le cœur du plant reste au-dessus de la surface. Un cœur enterré pourrit.
  4. Fixez la plantule avec une agrafe de fil de fer, un caillou ou une petite fourche de bois. Le contact doit être permanent, sinon rien ne s’enracine.
  5. Ne coupez pas le stolon qui la relie au pied-mère. Elle vit encore sur ses réserves.
  6. Arrosez le godet régulièrement, sans détremper. Le substrat doit rester frais.

Quatre à six semaines plus tard, tirez doucement sur la rosette : une résistance nette signale un enracinement réussi. Sectionnez alors le stolon des deux côtés de la plantule, laissez le jeune plant reprendre quelques jours en place, puis sortez le godet et repiquez à l’emplacement définitif, avant les premiers froids.

Pourquoi le stolon dans l’eau déçoit

L’idée circule beaucoup : plonger la plantule dans un verre d’eau, comme une bouture de menthe. Des racines finissent bel et bien par apparaître. Le problème ? Ce ne sont pas les mêmes.

Une racine formée dans l’eau est fine, cassante, dépourvue des poils absorbants qui explorent un sol. À la transplantation, elle se nécrose en grande partie et le plant repart de zéro, avec un retard de plusieurs semaines. Le marcottage en terre, lui, produit d’emblée des racines adaptées au substrat. Gardez le verre d’eau pour les boutures de plantes d’intérieur.

Godets de terreau enterrés au pied d’une fraiseraie, jeunes rosettes de fraisier maintenues par des agrafes de fil de fer

Le piège sanitaire : ce qu’un stolon transmet en plus des gènes

Voici la partie que la plupart des tutoriels passent sous silence. Un stolon ne copie pas seulement la variété : il copie l’état sanitaire du pied-mère, virus compris.

Le fraisier subit plusieurs viroses graves, transmises par des pucerons spécialisés, qui provoquent le plus souvent le nanisme des plantes et leur stérilité complète : c’est ce que rappelle la Société nationale d’horticulture de France dans sa revue Jardins de France. Les principales sont documentées dans le manuel d’inspection des plants de fraisiers de SEMAE, l’interprofession des semences et plants :

  • le virus de la marbrure du fraisier
  • le virus du crinkle
  • le virus du bord jaune

Ces viroses n’affichent aucun symptôme spectaculaire au départ. Le plant reste vert, il fructifie encore, et il stolonne. Vous multipliez donc un porteur sain en apparence, et chaque génération de plantules ajoute son propre risque de contamination à celui du pied-mère. La fraiseraie perd en vigueur d’année en année sans cause visible : c’est le phénomène de dégénérescence.

Le stolon véhicule aussi des pathogènes non viraux, notamment Phytophthora fragariae, Colletotrichum acutatum ou la bactérie Xanthomonas fragariae, régulièrement cités parmi les menaces majeures de la culture. Les symptômes correspondants sont décrits dans notre guide des maladies et parasites du fraisier.

La parade existe, et elle est réglementée. En France, la production de plants certifiés de fraisiers relève d’un règlement technique homologué par arrêté du 28 mai 2020, remplacé depuis par l’arrêté du 9 juin 2023, avec un contrôle assuré par le Service officiel de contrôle. Les plants issus du marché européen portent, eux, l’étiquette CAC, dont les garanties sanitaires sont moindres. La recommandation de la Société nationale d’horticulture de France est claire : revenir tous les deux ou trois ans à une plantation de plants certifiés.

Traduit au jardin, cela donne un cycle simple. Vous multipliez par stolons pendant deux ou trois générations, ce qui coûte zéro euro, puis vous rachetez des plants certifiés pour repartir sur une base saine. Ce renouvellement conditionne directement le rendement au mètre carré que vous obtiendrez.

Les stolons en trop : trois usages et une erreur

Une fraiseraie bien portante produit toujours plus de stolons que vous n’en gardez. Les surplus ne partent pas forcément à la poubelle.

  • Le compost les accepte sans réserve, à condition que le pied-mère soit sain. Un plant suspect part au feu ou aux déchets verts, jamais au compost.
  • Les plantules excédentaires font d’excellents cadeaux de voisinage, et un troc de variétés diversifie une fraiseraie à moindres frais.
  • Une plantule enracinée en godet garni tient parfaitement en jardinière, en suspension ou dans un pot de balcon, où le port retombant du fraisier fait merveille.

L’erreur, elle, est toujours la même : replanter les jeunes plants exactement là où poussait la fraiseraie précédente. Les champignons du sol y persistent des années, et vos plantules neuves s’y contaminent en quelques semaines. Ouvrez une nouvelle planche, ou attendez plusieurs saisons avant de revenir sur l’ancienne. Les principes de rotation et de préparation du sol sont repris dans notre guide de la culture de la fraise en France.

Cageot de jeunes plants de fraisiers enracinés en mottes de terreau, posé sur une planche de potager paillée

Prochaine étape : cette semaine, passez dans le rang avec un sécateur. Coupez tout ce qui rampe sur les pieds encore en fruits, repérez deux ou trois pieds sains sur lesquels vous renoncez à la récolte, et enterrez un godet sous leur premier plantule. Vos plants de l’année prochaine seront prêts à repiquer d’ici la fin septembre.

Sujets traités

  • stolons de fraisiers
  • repiquer stolon fraisier
  • marcottage fraisier
  • couper les stolons
  • multiplier les fraisiers