La culture de fraise suit un cycle annuel précis : plantation à l’automne ou au printemps, repos hivernal pour lever la dormance, floraison puis récolte du printemps à l’automne, et multiplication par stolons en été. Comprendre ce rythme change tout, car chaque geste a sa fenêtre. Voici le calendrier complet du fraisier, mois après mois.
D’où vient le fraisier que vous cultivez
La fraise du jardin a une histoire de navigation. En 1714, l’officier de la Marine royale Amédée-François Frézier rapporte du Chili cinq plants de Fragaria chiloensis, la fameuse Blanche du Chili. Seuls des pieds femelles survivent à la traversée et restent stériles à Paris.
Le déclic vient plus tard. Vers 1740, le botaniste Antoine Nicolas Duchesne observe que ces plants chiliens fructifient lorsqu’ils poussent près d’un fraisier de Virginie, ramené d’Amérique du Nord un siècle plus tôt. Le croisement spontané donne une espèce nouvelle, Fragaria × ananassa, baptisée ainsi pour son parfum d’ananas. C’est elle que vous plantez aujourd’hui.
Cette filiation explique deux traits utiles au jardinier. Le fraisier moderne est un hybride vigoureux, mais il garde une exigence climatique héritée de ses parents tempérés. Il lui faut un hiver marqué et un été ni brûlant ni détrempé. Tout le calendrier découle de là.
Automne : la fenêtre de plantation à ne pas rater
Planter en automne donne les meilleurs résultats pour les variétés non remontantes. Le sol reste tiède, les pluies arrosent à votre place, et les racines s’installent avant les gels. Résultat ? Une récolte dès le printemps suivant, plus précoce qu’une plantation tardive.
La fenêtre idéale court de mi-août à mi-octobre. Quelques règles tiennent la réussite :
- choisir un emplacement ensoleillé, exposé au sud, à l’abri des vents froids
- ameublir la terre sur 30 cm et y incorporer du compost mûr
- viser un pH entre 5,5 et 6,5, le fraisier déteste les sols calcaires
- ne pas enterrer le collet, ce point entre racines et feuilles doit affleurer
- espacer les plants de 30 à 40 cm, et les rangs de 50 à 60 cm
Le collet enterré pourrit, le collet trop haut sèche. Cette hauteur de plantation est l’erreur de débutant la plus fréquente, et la plus facile à éviter.
Pour les variétés remontantes, une plantation de mars à avril fonctionne aussi, avec une première récolte dès l’été. Le détail des variétés et de leurs périodes vit dans notre guide complet de la culture de la fraise en France.
Hiver : le repos qui prépare la récolte
Un fraisier qui dort travaille. Pendant l’hiver, la plante lève sa dormance grâce au froid, un mécanisme appelé vernalisation. Selon le CTIFL, cette levée exige un cumul d’heures sous 7,2 °C. Sans ce froid, la plante repart mal.
Une dormance mal satisfaite se voit au printemps : végétation faible, pétioles courts, floraison irrégulière, rendements en berne. Voilà pourquoi un hiver trop doux pénalise la culture de fraise, un point que peu de guides expliquent.
Le rôle du jardinier reste léger en cette saison :
- pailler le pied avec de la paille ou des feuilles mortes contre les gros gels
- éviter tout excès d’eau, l’humidité hivernale stagnante fait pourrir le collet
- retirer les feuilles mortes ou tachées qui abritent les spores fongiques
En climat doux, le paillage hivernal sert surtout à garder le sol propre et à protéger les couronnes des alternances gel-dégel, plus traîtres qu’un froid franc et continu.
Printemps : floraison, fécondation et premiers fruits
Le réveil s’accélère dès que les températures grimpent. La croissance du fraisier est optimale entre 18 et 25 °C, avec un coup de fouet quand les nuits redescendent vers 10 à 15 °C. Cette amplitude jour-nuit renforce la plante et concentre les arômes.
La floraison réclame des conditions plus fraîches, de l’ordre de 10 à 15 °C. La fécondation, elle, se cale autour de 20 °C avec une hygrométrie modérée. En pratique, le printemps français coche ces cases naturellement, sauf coup de chaud précoce.
Vos gestes de saison comptent double :
- arroser au pied le matin, jamais sur le feuillage, pour limiter les maladies
- pailler dès la floraison pour garder les fruits propres et hors du sol
- surveiller les gelées tardives, fatales aux fleurs ouvertes
- aérer les plants en supprimant les premiers stolons, qui épuisent la fleur
Une fleur gelée ne donnera jamais de fruit. Un voile d’hivernage posé les nuits à risque sauve la première vague de récolte, la plus précoce et souvent la plus rémunératrice chez les producteurs.
Été : récolte, multiplication et gestion de la chaleur
L’été concentre la récolte et la multiplication. Les fruits se cueillent à pleine maturité, bien colorés et légèrement souples, de préférence le matin. Une cueillette tous les deux à trois jours évite que les fraises mûres ne pourrissent sur pied.
La chaleur devient un risque réel. Au-delà de 30 °C persistants, la plante stresse, les fruits mûrissent trop vite et perdent leur arôme. Ombrer aux heures chaudes et arroser régulièrement, sans détremper, limite la casse. La canicule de juin a d’ailleurs amputé la production nationale 2025.
Marcotter les stolons pour des plants gratuits
L’été est la saison des stolons, ces longues tiges aériennes que le pied-mère émet après la récolte. Chaque stolon porte des plantules, ces petites rosettes qui s’enracinent au contact du sol. La multiplication par stolons est le moyen le plus simple et le moins cher d’agrandir sa fraiseraie.
La méthode tient en quelques gestes, de juin à septembre :
- repérer le premier plantule, le plus proche du pied-mère et le plus vigoureux
- le maintenir au sol ou dans un godet rempli de terreau, sans le détacher
- laisser l’enracinement se faire sur deux à trois semaines
- couper le lien au pied-mère une fois les racines installées
- replanter le jeune plant en place dès l’automne
Selon les jardiniers professionnels, ce premier plantule donne systématiquement le plant le plus solide. Garder les suivants reste possible, mais leur vigueur décroît le long du stolon.
La règle d’or : renouveler la fraiseraie
Un fraisier n’est pas éternel. Il atteint son pic de productivité entre la deuxième et la troisième année, puis décline : les fruits rétrécissent, les stolons faiblissent, la résistance aux maladies virales chute. Au-delà de trois ans, le risque sanitaire grimpe nettement.
D’où la règle des pépiniéristes : renouveler entièrement la fraiseraie tous les 3 à 4 ans. La culture par stolons rend ce renouvellement gratuit, à condition d’anticiper. Deux principes guident l’opération :
- ne jamais replanter au même endroit, pour casser le cycle des maladies du sol
- alterner l’emplacement des fraisiers avec des légumes sur une rotation de trois ans
Cette rotation prive les champignons telluriques de leur hôte et régénère le sol. Préparer la parcelle de remplacement un an à l’avance, avec un apport de compost, lisse la transition et évite l’année blanche entre deux fraiseraies.
Culture hors-sol et sous abri : le modèle des pros
À côté du jardin de plein air, la culture professionnelle a basculé vers le hors-sol sous serre. En France, la production reste majoritaire en pleine terre, mais la part sur substrat progresse vite pour des raisons techniques et économiques.
L’intérêt de ce modèle est clair. La culture abritée allonge la saison, protège des intempéries et maîtrise l’irrigation au goutte-à-goutte. Le substrat hors-sol coupe court aux maladies du sol qui imposent la rotation en pleine terre. Le jardinier amateur peut s’en inspirer à petite échelle :
- cultiver en jardinières ou en tours à fraises pour limiter les maladies
- offrir au moins six heures de soleil par jour aux contenants
- utiliser un substrat drainant, terreau allégé de perlite, jamais une terre lourde
- piloter l’arrosage finement, le hors-sol pardonne mal la sécheresse comme l’excès
Cette approche convient parfaitement au balcon. Pour comparer les coûts d’installation d’une culture maison, notre guide pratique des coûts de la culture de fraises chiffre chaque poste.
Choisir sa variété selon le cycle visé
Le calendrier que vous cultiverez dépend d’abord de la variété. Deux familles structurent le choix. Les non remontantes, comme la Gariguette, donnent une récolte unique et précoce, concentrée sur le printemps. Les remontantes, comme la Mara des Bois ou la Charlotte, étalent la production de juin jusqu’aux gelées.
Le climat affine la sélection. Une variété précoce comme la Cléry résiste bien au froid et lance la saison dès mai. Son profil gustatif équilibré entre sucre et acidité en fait un cas d’école, détaillé dans notre fiche sur le goût des fraises Cléry.
Pour décider, croisez trois critères : la fenêtre de récolte souhaitée, la rusticité face à votre climat et la résistance aux maladies. Un mélange de deux ou trois variétés étale les plaisirs et sécurise la saison contre un aléa climatique sur une seule.
La culture de fraise en chiffres
La France a planté 3 669 hectares de fraisiers pour la campagne 2025, un niveau stable d’une année sur l’autre, selon Agreste. La production nationale s’est établie à 70 200 tonnes, en recul de 2 % sur un an, sous l’effet de la chaleur intense de la seconde quinzaine de juin.
Deux bassins dominent. Le Sud-Ouest, mené par le Lot-et-Garonne, la Dordogne et la Gironde, pèse environ 22 700 tonnes. Le Sud-Est, Provence-Alpes-Côte d’Azur et vallée du Rhône, suit de près avec près de 22 800 tonnes. Ces terroirs alimentent largement les circuits de vente directe du producteur, où le prix au kilo reste plus juste qu’en grande surface. En Dordogne, par exemple, les tarifs et circuits de vente des producteurs locaux reflètent ce poids historique du Périgord dans la filière.
Prochaine étape : repérez sur votre calendrier la fenêtre de plantation d’automne, choisissez deux variétés complémentaires, et réservez un coin de potager pour la future fraiseraie de remplacement. Le cycle s’enclenche dès la première saison.
